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SCIENCE
FRANCIS JAURÉGUIBERRY
PROJET NBORDER
Directeur du SET (UMR 5603 CNRS-UPPA) Institut de Recherche sur les Sociétés et l'Aménagement
Avenue du Doyen Poplawski
64 000 Pau - France -
e-mail : francis.jaureguiberry@univ-pau.fr
Web : http://www.univ-pau.fr/~jauregui


BIOGRAPHIE

Francis Jauréguiberry est sociologue, professeur à l’Université de Pau et directeur du laboratoire SET (Société Environnement Territoire) du CNRS. Ses recherches portent sur les nouvelles formes d’identité et de sociabilité générées par l’extension des technologies de l’information et de la communication. Sur ce thème, il a notamment publié :

"Les branchés du portable. Sociologie des usages", Paris, PUF
"L’Internet, nouvel espace citoyen ? (avec Serge proulx) Paris, l’Harmattan.



PROJET D'INTERVENTION

La possibilité désormais de constamment savoir où l’on se trouve géographiquement, de pouvoir immédiatement se situer sur un plan affiché par son smartphone, de rentrer donc dans un monde où se perdre devient un acte volontaire, ouvre de nouveaux rapports à l’espace. De la même façon, le fait de pouvoir connaître en temps réel la
localisation géographique de ses amis, d’être informé des services disponibles dans un rayon de 200 mètres et de « sous-titrer » la réalité perçue par une multitude d’informations, conduit à une autre façon de vivre les lieux.

Cette nouvelle expérience à l’espace et aux lieux, superposant réel physique, réalité augmentée et virtualité informative, introduit à un monde plus pratique, plus fluide, mieux informé et sans doute plus dense. Mais elle pose aussi des problèmes inédits, essentiellement en terme de choix.

Le choix entre plusieurs scénarios de déplacements, de rencontres, d’emploi du temps ou d’opportunités à saisir constitue l’essentiel de cette nouvelle expérience et relève avant tout d’une logique d’action que l’on pourrait qualifier d’utilitariste. Le type d’action qui s’en rapproche le mieux est le zapping : il s’agit de se mettre en
situation de commuter rapidement, en fonction des informations que l’on recueille en temps réel, sur une activité plus rentable, dense, intéressante ou intense.

Mais nous développerons l’idée qu’un autre type de choix, beaucoup moins visible mais non moins important, est en train d’apparaître : celui qui vise à préserver un rapport exclusif aux lieux et à ceux qui s’y trouvent, et à ne pas perdre ses propres rythmes et repères au non d’une mise en synchronie généralisée. Ce choix renvoie à la capacité
d’accepter d’être entièrement là où l’on se trouve, « tout à son interlocuteur » sans risquer d’être interrompu par un appel téléphonique, « pleinement au monde » dans les lieux fréquentés sans que des informations virtuelles ne s’y superposent, c’est à dire, finalement, à l’aptitude de faire le deuil de l’advenance, de l’opportunité et du potentiel au profit de l’étant. Le type d’action qui relève de ce choix est la déconnexion, presque toujours partielle et éphémère mais volontaire, aux technologies de communication.

Dans ces conditions, qu’en est-il de l’expérience de se retrouver dans un désert ? La connexion peut être vécue comme une sécurité, un cordon ombilical dans un environnement plutôt hostile. Mais l’expérience du silence, de paysages vides, d’horizon imaginé sans fin est-elle la même ? Qu’est-ce qui pousse, dans ces conditions, à rester malgré tout connecté ? Et s’il y a déconnexion, comment est-elle vécue ?

francis.jauréguiberry@univ-pau.fr