NORMOGRAPHES

"L'instinct achevé est une faculté d'utiliser et même de construire des instruments organisés;
l'intelligence achevée est la faculté de fabriquer et d'employer des instruments inorganisés."

Henri Bergson, l'évolution créatrice.
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REFERENCE TEXTE
BIO
ARMURE
Le plan est une représentation sans aspérité, sans défaut. Le trait dessine un territoire.
Il partage le dehors du dedans, le blanc du noir, le singulier du collectif.
Dans cette pièce le signe est alors vécu comme une empreinte dont il faudrait se dessaisir par un acte de résistance.

Marie Belenotti-Bellot

Guirlande de soldats, parade de guerre,
ossements d'une bête monstrueuse.
C'est la fête, le défilé carnavalesque
où la violence sociale et la cruauté humaine
porte le masque de guerre propre.
Carnabellum c'est la bête humaine.
CARNABELLUM
Feu l'artifice reprend le plan d'un jardin (jardin de la solitude - Stuttgart) ... le faire apparaître sur le mode d'une planche anatomique, avec une cage thoracique, des omoplates... et remplacer le château par un crane, cela revient à témoigner d'une part de l'empreinte que l'homme fait sur terre ....et d'autre part d'une entreprise très théâtrale....
Ce plan de jardin traçant le visage de la décomposition
parle en effet de cette nature qui consomme de la vie autant qu'elle en produit. Mais aussi de nos cultures qui elles aussi consomment du symbolique, de l'artifice autant qu'elles en produisent ."

Extrait de l'entretien avec Jérôme Diacre
Pour l'homme la notion de territoire est étroitement liée à l'organisation rationnelle du jardin primitif. Cette tentative de maîtriser la nature et de la soumettre à l'organisation humaine fût un des projets du classicisme français. Ce canevas géométrique qui imprime un ordre à la nature et qui perdure jusque dans la plupart des jardins domestiques est un des aspect pointé par Julie Karabéguian dans une oeuvre intitulée ''Feu l'artifice'' : un plan au sol d'un jardin à la française augmenté sur sa largeur nord d'un crâne humain. Le jeu de mot désigne aussi le dérisoire d'une trame raisonnée et géométrique posée sur la nature dont l'essence même est la friche. Cette mise en ordre artificielle de la nature tente d'imposer la vision d'une maîtrise des éléments. Dans la logique de l'art actuel, feu l'artifice évoquera sans doute aussi pour certains l'étiolement de l'artefact.

Jean François Desserre
FEU L'ARTIFICE
Feu l'artifice mesure notre peur autant que notre courage."

Boris Alemko
C'est qui la bête c'est quoi la cage ?
Papier promo et carton brut, l'histoire est bradée !
De la peur pour meubler.
L'homme déambule dans ses symboles comme un lion en cage.




"Le formalisme des codes, des structures,des réglementations constituent une réponse à l'agression naturelle,
une tentative impuissante et par conséquent symbolique pour maitriser l'étendue en l'organisant autour des hommes".

Jean Duvignaud
SCUPTURE INSTALLATION
DE LA PEUR POUR MEUBLER
LIFE SUCKS
CLOUÉ EN VOL
FÉROCE
Ossement de plastique, crâne en paille à boire,
Life Sucks est aspiré, vidé de sa substance.
Relique moderne, empreinte du vide, le crâne
disparaît dans la lumière qui le traverse.
La paille comme objet de fête, de distraction...
la paille comme prothèse à notre consommation, comme ce qui reste après le festin.
Disposée d'empilement de placoplatre, l'oeuvre Féroce, forme une cartographie aléatoire, une superposition de territoires qu'on imagine mouvants et dont on pourrait déplacer la configuration. De ce monde à plat transparaît au deuxième coup d'oeil
la gueule d'un lion à la mâchoire grande ouverte. Ce fauve qui émerge sue ce planisphère abstrait, n'est pas sans rappeler les représentations des cartes de l'Europe sur les affiches de propagande du début du XX ème siècle.
Sur ces cartes, les frontières des pays délimitent la forme dans laquelle se dessine l'animal national. On y voit la pieuvre Allemande avec son casque à pointe étendant ses tentacules sur l'ensemble des pays voisins, l'ours Russe, le coq Français, etc.
La pièce de Julie karabéguian évoque elle aussi une jungle où la notion de frontière est délimitée par les prédateurs selon un paramètre économique.
Dans ce jardin primitif, couve , comme le dit Céline dans son voyage au bout de la nuit, le meurtre permanent.
L'artiste met donc en jeu une représentation sauvage du monde. L'oeuvre s'intitule Féroce mais paradoxalement cette férocité semble s'accomplir en douceur, par glissement de strates, par le déplacement de courbes qui aboutissent au morphing d'un fauve.
Comment ne pas penser devant ce dispositif, à la carte de l'Europe qui se morcelle un peu plus chaque jour en entités mouvantes et dont aucun dictionnaire ni livre d'histoire n'arrive à imprimer la contemporanéité?
Comment ne pas penser au Proche-Orient qui n'en finit pas de chercher ses frontières, à certaines parties de l'Afrique qui se disputent violemment et dans le silence international des morceaux de territoires?
De cette stratigraphie posée au sol sur des tasseaux de bois émane une faible luminescence du dessous de l'installation. Il s'agit de la réverbération d'un papier fluorescent collé sous les placoplatre, qui irradie légèrement le sol.
Avec cette faible lueur coloré apparait aussi l'idée poétique d'un dessous habitable.
Peut-être que sous l'arbitraire de l'organisation humaine existe une lueur qui éclaire un deuxième sol. Un sol non découpé, une arborescence, un lieu dont les frontières lumineuses se perdent en dégradés et débordent sans violence le sol politique.

Jean François Desserre
Cloué en vol dessine avec des élastiques tendus et cloués au mur, le plan du Wright Flyer, l'avion avec lequel les frères Wright effectuèrent les premiers vols contrôlés et motorisés de l'histoire de l'aviation en 1903.
Un ventilateur fait légèrement vibrer les élastiques tout en évoquant le bruit des hélices.
Cloué en vol parle de l'homme qui aspire à se libérer de sa condition.
Ce désir, il me semble, rend l'art possible.
Posée au milieu d'un étang,
une chaise de surveillance se reflète à la surface.
Pour accéder au poste de vigie il faut
accepter de se mouiller, de s'enfoncer
dans ce qui est sombre, sous la surface.



Hermann Melville / Moby Dick
Sais-tu que toute réflexion profonde et sérieuse n'est que l'effort intrépide de l'âme pour garder la pleine liberté de la mer, quand les vents les plus sauvages du ciel et de la terre conspirent pour te rejeter sur la côte traîtresse et esclave ? Mais puisque, seule, dans le détachement de la terre réside la vérité la plus haute, la plus illimitée - aussi illimitée que Dieu - il vaut donc mieux périr dans cet infini hurlant que d'être ignominieusement rejeté aux terres sous le vent, même si elles sont sûres ! Oh ! qui voudrait ramper lâchement sur la terre comme un ver ?




VIGILANCE