February 23, 2011 par David Legrand
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Cher Gérard,
Hier soir nous avons vu avec mon amie Isabelle ton film LES AVENTURES D'EDDIE TURLEY, que tu m'as offert au pays des Olonnes.
On a dû te le dire 100 fois, mais nous l'avons trouvé fabuleux.
Aujourd'hui elle m'envoyait un mail pour me dire :
Je rêverai du film de Courant et j'imaginerai que la beauté qu'il décrit en parlant d'une femme, ce serait ce que tu dirais de moi si tu m'aimais comme ça...
Alors tout de suite après, j'ai voulu écrire pourquoi la matière de ce film nous touchait encore autant aujourd'hui.
Pour commencer, je dirais que dès les premiers instants, nous sommes frappés par un fait rare, ce sont des phrases entières qui composent le générique d'introduction et qui se développent dans les cartons manuscrits sur fond de voie lactée ou de constellations jusqu'au générique de fin.
Ces vues du ciel me rappellent l'un des pamphlets de Jean Giono, des plus étranges que je connaisse, il s'intitule : Le poids du ciel, lui aussi est parsemé de photographies de la voie lactée, dans la belle édition brochée de la NRF que j'ai dans ma bibliothèque.
Puis le rythme hypnotique des images fixes, en noir et blanc, qui se succèdent crée un impact électrique presque extatique sur la rétine, donnant une impression de film photocopié, feuilleté par l'œil.
Car si à chaque fois, on cite Alphaville de Godard pour parler de ton film, on ne dit pas que Les aventures d'Eddie Turley est à Alphaville ce que nos fanzines fabriqués à la photocopie et reliés à la main dans les années 80 étaient aux revues à grand tirage.
C'est-à-dire une alternative !
Et c'est bien de cela qu'il s'agit ici, Les aventures d'Eddie Turley offre une alternative à l'Alphaville de Godard.
Inventant en 1987 un nouveau médium pour le cinéma, qui collait parfaitement avec l'esthétique alternative de l'auto-édition de son temps et que j'appellerais aujourd'hui pour nous amuser : le ciné-fanzine.
Du coup je m'aperçois qu'à l'instar de Godard au lieu de conserver les moyens industriels de la grande production pour réaliser un film sur les sociétés qui se détruisent d'elles-mêmes par les trouvailles de leurs “progrès” et de leurs nouvelles techniques . Le ciné-fanzine t'as permit d'élaborer avec ces moyens artisanaux non dissimulés une véritable science fiction adéquate à la critique des mondes qui industrialisent la vie.
Ainsi de tes Amours décolorées aux amours photocopiés d'Eddie Turley, ton film nous rappelle que le cinéma : de la photographie jusqu'à l'impression photocopique ne cesse d'être un hymne à la lumière, situé entre les grands courants de la nature et les grands courants électriques.
D'ailleurs ne retrouve-t-on pas cela dans les longs plans-séquences aux images inversées de tes derniers Carnets filmés ?
Ami David.
(David Legrand, 25 janvier 2011)
